Il y a ce moment-là. Celui où plus rien ne sort. Ou si peu. Une syllabe effilochée, une fin de phrase cassée, un souffle qui trahit la fatigue, une voix à la Jeanne Moreau. Quand on vit de sa voix, que l’on soit comédienne voix off, prof, coiffeuse dans le tumulte d’un salon, avocat ou chargée de formation, c’est un peu comme si notre outil de travail décidait de tirer sa révérence… sans préavis.
Et pourtant, on continue. On tire. On compense. On force. Moi, j’ai mis quinze ans à comprendre que ce n’était pas une bonne idée.
Quinze ans à croire que “ça allait passer”. Quinze ans à ignorer les signaux faibles. Jusqu’au jour où j’ai eu une vraie extinction. Une grosse. La voix coupée net. Cortisone en urgence. Reprise trois jours après, parce que le projet était urgent, parce que je “pouvais” parler. Résultat : six mois de galère vocale, d’irritations, de stress, de doutes, de phrases qui se brisent à la fin. J’ai probablement provoqué une élongation des cordes vocales. Et je n’ai pas été seule là-dedans : beaucoup de voix pro passent par ce type d’erreurs.
Aujourd’hui, ma voix me connaît, et je l’écoute. Dès qu’elle faiblit, je m’arrête. J’agis. J’ai des outils, des coachs, des rituels (et même un masque Covid en extérieur par temps humide, c’est pas chic, mais c’est super utile). J’ai compris qu’une voix, ça se préserve. Ça se prépare. Et surtout, ça ne se soigne pas uniquement avec des pastilles et du sirop.
Ce que je vais te partager ici, ce n’est pas un remède miracle. C’est une expérience. C’est ce que trente ans de métier, de fatigue, de coaching et d’écoute m’ont appris : ta voix vient de ton souffle, de ton corps, de ton histoire aussi. Elle mérite bien qu’on s’y attarde.
Alors si toi aussi tu fatigues, que ta voix craque, ou que tu veux juste apprendre à mieux l’apprivoiser… reste avec moi. On va parler soins, souffle, postures, blocages invisibles, rituels tout bêtes et exercices magiques. Et peut-être même de gainage (mais je t’avoue, là-dessus, je suis encore en rodage).
Quand la voix s’éteint, ce n’est pas un hasard : c’est un signal
Une extinction de voix, ce n’est jamais juste “un coup de froid” ou “une petite fatigue passagère”. C’est un signal du corps, parfois discret, parfois brutal, mais jamais anodin. Et quand on dépend de sa voix au quotidien, ce signal devient un vrai tournant.
Parfois, il est ignoré, repoussé, masqué. Jusqu’au jour où… plus rien. Ou si : un son éraillé, instable, des fins de phrases qui se brisent, une voix qui ne “soutient” plus. Je connais bien ce scénario, pour l’avoir vécu plusieurs fois, à des moments très différents de ma carrière. Et à chaque fois, le message était là : “tu vas trop vite, tu pousses trop loin.”
J’ai consulté, bien sûr. Plusieurs phoniatres. Des ordonnances, parfois utiles, mais rarement accompagnées d’un vrai protocole de rééducation ou d’écoute globale. Ce qu’on oublie souvent, c’est que la voix, ce n’est pas qu’un larynx enflammé. C’est tout un corps, tout un mental, tout un contexte.
La plus longue extinction que j’ai connue a duré six mois. Six mois de voix voilée, d’éraillements, de stress à chaque session, de fatigue invisible. Et pourtant, elle aurait pu durer plus longtemps si je n’avais pas, enfin, accepté de ralentir.
Car au-delà des causes classiques (fatigue, enregistrement intensif, climatisation mal réglée), il y a des facteurs sournois. L’alcool, par exemple, favorise les reflux acides nocturnes qui irritent les cordes vocales en silence. Et je t’assure que quand on participe à un évènement rassemblant 300 comédiens voix off dans un hôtel climatisé au bord de la tamise… disons que le cocktail “fête + clim + prosecco” est un terrain parfait pour une belle aphonie.
Mais cette fois-là, j’ai fait différemment. J’ai pris sept jours de repos total, en silence. Et j’ai repris en douceur, avec un accompagnement vocal spécifique pour réveiller la voix en conscience, notamment grâce à un coaching vocale avec Julie Liebon, dont le travail est d’une délicatesse précieuse pour relancer sans forcer.
On en reparlera. Car la suite, justement, c’est ça : comprendre que la voix, c’est d’abord un corps qui parle. Et parfois, un corps qui dit stop
La voix, un corps qui s’exprime
La voix n’est pas une entité isolée, suspendue quelque part dans le larynx. Elle ne “sort” pas comme un son mécanique, qu’on activerait à volonté. Elle est reliée. À tout. Au souffle, bien sûr. À la posture. À l’état émotionnel. À ce qu’on a vécu, digéré (ou pas). Et surtout, au corps, dans sa globalité.
J’en ai pris pleinement conscience le jour où j’ai commencé à travailler avec un ostéopathe. Après des années à me concentrer sur mes cordes vocales, c’est en me faisant débloquer le dos que j’ai senti un changement radical. Ma voix s’est éclaircie. Posée. Fluide. Comme si l’air avait retrouvé un chemin plus libre. Depuis, ces rendez-vous font partie de mon hygiène vocale. Parce que parfois, la tension ne vient pas de la gorge… mais du bassin, de la nuque, du plexus.
Ce lien entre le corps et la voix, plusieurs coachs me l’ont appris. À leur manière. Avec finesse, exigence et humanité.
- Sébastien Croteau, d’abord. Le spécialiste de la voix off extrême. Trois heures de coaching avec lui ont suffi à me faire comprendre qu’on ne produit pas un son puissant en tirant sur les cordes vocales. Mais en engageant le diaphragme, en gérant la pression, en mobilisant les résonateurs. C’est tout un art, très technique, très physique. Grâce à lui, j’ai intégré des outils concrets, comme l’appareil Breather que j’utilise régulièrement pour renforcer souffle et maîtrise.
- Nathalie Caso, ensuite. Chanteuse lyrique de formation et comédienne voix off au regard bleu lumineux et bienveillant, elle m’a reconnectée à la dimension posturale de la voix. Avec elle, pas une note sans un déroulement du corps. Épaules, dos, nuque : tout compte. Elle m’a appris à ouvrir l’espace, avant même d’ouvrir la bouche. Et depuis, chaque journée commence par quelques mouvements simples. Parce qu’une voix contractée, c’est un corps contracté.
- Et puis il y a eu Alexandre Damiani, fondateur de LeGoVoce et coach vocal et spirituel. Avec lui, la voix a pris une autre dimension. Celle de la légitimité, de la justesse intérieure. Son accompagnement vocal dépasse la technique : il touche à l’identité. À la place qu’on prend. À celle qu’on s’autorise à prendre. Il m’a aidée à reconnecter ma voix à quelque chose de plus profond, à désamorcer des blocages invisibles, presque silencieux. Si certaines extinctions sont mécaniques, d’autres sont émotionnelles. Et Alexandre m’a aidée à poser les mots là où je les retenais. Alex, je t’aime mais ne le dit pas à ta femme.
Tout ça, c’est un chemin. Un parcours. Et aujourd’hui encore, je découvre, j’ajuste, je respire autrement. Avec plus de conscience, plus de douceur, plus de respect pour cet instrument vivant.
Ma routine anti-extinction : testée, éprouvée, adoptée
La clé, c’est la régularité. Depuis que j’ai cessé de croire aux remèdes miracles, j’ai bâti une routine réaliste, douce, efficace. Elle n’est pas figée, elle s’ajuste selon la saison, l’intensité des projets, ou simplement selon comment je me sens. Mais il y a quelques piliers auxquels je reviens toujours :
- Repos immédiat dès les premiers signes de fatigue : rugosité, tension dans la gorge, voix courte. Plus de vocal rapide, plus de chuchotement, plus d’appel imprévu. Je coupe. Je respire. Et maintenant, je siffle. Oui, vraiment. Pas un petit air léger façon balade champêtre, non. Un bon vieux sifflement puissant, celui qui perce un casque audio ou traverse trois étages sans effort. Chez moi, c’est devenu le signal officiel de ralliement familial. Quand mes enfants sont dispersés dans l’appartement, dans la rue, ou au fin fond d’un casque gaming… c’est ce sifflet qui parle à ma place. Redoutablement efficace. Et zéro dépense vocale.
- Sirop de chantre de chez Herbal Gem : mon réflexe numéro un. Il hydrate, il apaise, il soutient. Certains préfèrent l’élixir du Bolchoï, d’autres les tisanes maison, pastille Euphon. Moi, c’est ce sirop. Une valeur sûre.
- Huiles essentielles : dès qu’une rhinite pointe, je dégaine mes mélanges (à manier avec une extrême prudence). Je les prends parfois par voie orale, ou j’utilise la solution Pranarôm Défense Naturelle. Je l’applique sur ma brosse à dents, sur mes pieds, sur mon plexus solaire. C’est radicalement efficace. Et oui, c’est un vrai tue-l’amour. On est loin de mon Coco Chanel… mais parfois, il faut choisir entre séduire et respirer.
- Hydratation constante : je bois énormément. Par petites gorgées. Tisane chaude dans un thermos toujours à portée de main. J’ai même fait de l’hydratation une sorte de mini-rituel de soin. Et quand j’en ai envie : une cuillère de miel, juste pour le plaisir.
- Exercices doux et progressifs : je commence toujours en douceur, surtout pour les séances exigeantes. Humming, glissandos, respiration carrée. Et souvent, je travaille avec le Breather, cet appareil soufflant que m’a fait découvrir Sébastien Croteau. Idéal pour renforcer le diaphragme et installer un vrai soutien.
- Gainage (en théorie) : je sais que c’est capital pour avoir une base solide. J’ai tenté. Plusieurs fois. Mais soyons honnêtes : j’ai une voix bien plus assidue que mes abdos.
Ce n’est pas une routine spectaculaire. Mais elle est ancrée. Et elle me suit dans tous mes projets : publicité, narration, voix off institutionnelle ou documentaire. Elle me permet de rester fiable, alignée, disponible. Et d’offrir une voix stable, présente, vivante.



Ce qu’il ne faut surtout pas faire
Avant d’apprendre à préserver ma voix, j’ai coché à peu près toutes les mauvaises cases. Et comme j’en ai payé le prix, je te les partage ici. Pour que tu puisses, peut-être, les éviter plus vite que moi.
- Reprendre trop tôt : dès que la voix revient un peu, on a tendance à se dire “ça ira”. Faux. Ce n’est pas parce que tu arrives à parler que tes cordes sont prêtes à retravailler. Et surtout, ce n’est pas parce que ça ne s’entend pas… que ça ne s’aggrave pas.
- Utiliser de la cortisone sans repos : j’ai tenté. C’est traître. Tu as l’impression de guérir, mais tu masques. Tu couvres. Tu fais taire un symptôme qui te crie de t’arrêter. Résultat pour moi : six mois d’instabilité vocale.
- Chuchoter pour ménager sa voix : non seulement c’est inefficace, mais c’est pire. Le chuchotement tend encore plus les cordes vocales. C’est comme essayer de réparer une entorse en courant sur la pointe des pieds.
- Parler dans le froid, surtout à l’extérieur : je l’évite systématiquement. Et si je dois sortir par temps humide ou venteux, je ressors le fameux masque Covid. Pas pour la prévention sanitaire, mais pour préserver la chaleur autour de mes cordes.
- Racler sa gorge : geste réflexe qu’on croit anodin… mais c’est comme gratter une plaie encore ouverte. Hydratation douce et gorgées tièdes sont tes meilleurs alliés.
- Zapper l’échauffement vocal : surtout le matin ou avant un enregistrement exigeant. Pas besoin d’en faire une heure, mais quelques minutes suffisent à réveiller le souffle, relâcher la mâchoire, détendre la voix.
- Se dire qu’on n’a pas “le temps de s’écouter” : c’est une illusion. Car si tu ne prends pas ce temps aujourd’hui, c’est ton corps qui t’en imposera demain.
Et entre nous, s’il y a bien une chose que j’ai apprise, c’est que vouloir être “professionnelle” à tout prix, ce n’est pas tenir bon coûte que coûte… c’est savoir quand s’arrêter.
Conclusion : écouter sa voix, c’est se respecter
Pendant longtemps, j’ai cru qu’une voix pro, c’était une voix qui tenait. Qui assurait. Qui “pouvait y aller” même quand elle était fatiguée. Aujourd’hui, je sais qu’une voix professionnelle, c’est une voix qu’on respecte. Qu’on protège. Qu’on connaît par cœur.
La mienne a eu ses absences, ses failles, ses silences forcés. Mais grâce à ces pauses, j’ai appris à travailler autrement. À respirer autrement. À vivre mes projets avec plus de conscience, plus de corps, plus d’ancrage. Et ça change tout.
Alors que tu sois comédien voix off, enseignant, soignant, ou simplement une personne qui parle beaucoup et fort, retiens ceci : ta voix est précieuse, mais elle n’est pas inépuisable. Elle mérite qu’on en prenne soin. Qu’on la prépare. Qu’on lui offre des plages de calme. Et parfois même, un masque Covid par grand vent ou un sirop au goût étrange à 8h du matin.
Et si un jour tu as besoin d’une voix professionnelle, stable, claire, vivante (et bien hydratée), je serai là. Pour enregistrer. Mais aussi pour échanger. Car derrière chaque voix, il y a une rencontre. Et ça, c’est ce qui me fait vibrer depuis 30 ans.
On se parle ?
Ce témoignage est fondé sur une expérience personnelle de professionnelle de la voix. Il ne remplace en aucun cas un avis médical. En cas de doute, consultez un ORL ou un phoniatre.