Estelle Hubert de profil au micro de sa cabine, casque sur les oreilles, le texte de la séance à l’écran

la faire retirer, puis exiger son effacement

Par Estelle Hubert, comédienne voix off depuis plus de vingt ansMis à jour le 21 min de lecture

Sommaire13 parties
  1. La découverte du vol
  2. Ce que dit la loi
  3. La procédure ligne par ligne
  4. Le retrait a marché
  5. Retrait, désactivation, effacement
  6. Comment exiger l’effacement
  7. Pourquoi je n’ai pas porté plainte
  8. Ce que vous pouvez faire maintenant
  9. Mise à jour, 19 juin 2026
  10. Mise à jour, 4 août 2026
  11. Mise à jour, 9 octobre 2026
  12. Questions fréquentes
  13. Sources et liens utiles

Entendre sa propre voix sortir d’une machine qu’on n’a jamais autorisée, ça fait un drôle d’effet. Cette sensation bizarre de se faire dépouiller de son outil de travail, celui qu’on pensait protégé par la loi française.

C’est ce qui m’est arrivé en mai 2026 sur Fish Audio, une plateforme de clonage vocal, où ma voix était clonée sur deux comptes différents.

Voici l’histoire complète. La procédure exacte qui a fait retirer ces modèles en moins d’une journée, étape par étape. Et surtout ce que j’ai découvert après, quand la plateforme m’a affirmé par écrit que tout était effacé, alors que ma voix générait encore de l’audio neuf sous mes yeux.

Comédienne voix off, je travaille à partir de démos publiques, ce qui explique sans doute comment ce clone a été fabriqué.

La découverte du vol de ma voix

Emma Harvey, agent de voix off au Royaume-Uni, a retrouvé sur Fish Audio des voix qu’elle représente, clonées sans autorisation. Son post LinkedIn, à la mi-mai, m’a alertée, et je suis allée vérifier la mienne dans la foulée.

Elle y était, sur deux comptes pirates différents, dont l’un avait carrément baptisé le clone de mon propre nom, Estelle Hubert, en toutes lettres. Du travail bâclé, et un détail qui interroge : la fiche à mon nom n’avait presque pas servi, alors que l’autre, anonyme, en cumulait déjà plus de 250. Le compteur n’est pas le vrai sujet, ce qui dérange, c’est de voir sa voix en libre-service, prête à dire n’importe quoi à n’importe qui, sans que personne ne m’ait jamais rien demandé.

Clone de la voix d’Estelle Hubert sur Fish Audio, créé sans autorisation
Le clone à mon nom sur Fish Audio.
Voix off française clonée sur Fish Audio, plus de 250 utilisations sans consentement
L’autre clone, anonyme, déjà plus de 250 utilisations.

À force d’écouter le catalogue en entier pour vérifier si ma voix ne traînait pas ailleurs, j’ai reconnu une bonne dizaine de collègues, tous alertés dans la foulée. Et puis je suis tombée sur la voix de ma fille, Florine, clonée sous un pseudo, avec presque 14 000 utilisations.

Voix clonée par IA sur Fish Audio, près de 14 000 utilisations
Le clone de la voix de ma fille, près de 14 000 utilisations.

Pas besoin d’être célèbre pour y passer. On y croise des personnalités politiques, des journalistes du JT de TF1, des youtubeurs très suivis, mais aussi des collègues bien plus discrets qui vivent de leur voix et de leur travail, dépouillés exactement pareil. Du vol qualifié, et massif.

Comment toutes ces voix atterrissent là ? Aspirées, très probablement, sur les sites et les démos en accès libre. Quelques mois plus tôt, mon site avait encaissé un pic de trafic anormal, près de 18 000 chargements en une seule journée, l’empreinte typique d’un robot qui aspire tout sur son passage. Un seul échantillon suffit ensuite à fabriquer un clone.

Ce que dit la loi, l’essentiel

Cloner une voix sans consentement n’a rien d’une zone grise. Plusieurs textes l’encadrent. Je ne suis pas juriste, je mets les références précises en bas de page.

Au pénal, depuis la loi SREN, diffuser un faux audio généré par IA qui reproduit la voix d’une personne sans son accord est un délit, jusqu’à deux ans de prison et 45 000 euros quand c’est mis en ligne (article 226-8 du Code pénal). La voix d’un comédien est aussi une interprétation protégée par les droits voisins, et la reproduire sans autorisation peut relever de la contrefaçon.

Côté données personnelles, c’est là que se trouve le levier le plus utile. Une voix est une donnée biométrique au sens du RGPD, et à ce titre elle ouvre un droit à l’effacement (article 17). Retenez ce mot, effacement, on va y revenir, car c’est tout le nœud de cette histoire.

Le vrai problème de fond est ailleurs. Aujourd’hui, c’est à la victime de prouver qu’elle n’a jamais donné son accord. La charge de la preuve est inversée. Une proposition de loi adoptée au Sénat en avril 2026 veut renverser cette logique et la faire peser sur les fournisseurs d’IA, mais elle n’est pas encore votée.

En attendant, le levier qui marche vraiment, c’est le signalement. Une plateforme qui héberge un contenu manifestement illicite est tenue de le retirer dès qu’on le lui demande, au titre du règlement européen sur les services numériques (article 16 du DSA). C’est exactement ce qui a fait tomber mes clones.

Faire retirer une voix clonée sur Fish Audio, la procédure ligne par ligne

Un simple mail au support de Fish Audio était resté sans réponse pendant une semaine. Ce qui a tout débloqué, c’est leur procédure officielle de réclamation, celle qui déclenche vraiment le retrait. Moins d’une journée, ensuite, pour les modèles signalés.

Voici exactement où cliquer et quoi remplir.

  1. 1Ouvrez la fiche du modèle cloné

    Sur la page du modèle, repérez le menu en trois points, en haut à droite.

    Fiche d’un modèle de voix cloné sur Fish Audio, menu de signalement
    Étape 1 : la fiche du modèle et son menu de signalement.
  2. 2Cliquez sur « Modèle de rapport »

    Une fenêtre « Contacter l’assistance » s’ouvre.

  3. 3Changez le type de demande

    C’est ici le piège à éviter. Par défaut, le type est réglé sur « Rapport modèle ». Il faut le basculer sur « Réclamation pour droits d’auteur ». Cette option, et elle seule, ouvre la vraie procédure de retrait pour atteinte aux droits.

    Type de demande « Réclamation pour droits d’auteur » sur Fish Audio
    Étape 3 : basculer le type sur « Réclamation pour droits d’auteur ».
  4. 4Rédigez le descriptif, en anglais

    C’est la langue de leur support. Ton ferme et factuel : qui vous êtes, le modèle en cause, l’absence de consentement, le cadre légal, la demande nette de retrait définitif. Voici le texte que j’ai utilisé, à adapter à votre situation et à coller dans le champ descriptif :

    Descriptif à coller dans le formulaire, en anglais
    Hello,
    I am [your name], a professional voice actor. The model "[model name / ID]" reproduces my voice without my consent. I never authorized the creation, upload or use of any voice model based on my voice. My voice is a protected performance and personal biometric data. This is an unlawful use under EU law (GDPR and the Digital Services Act) and French law. I formally request the immediate and permanent removal of this model. My public demo pages, where my real voice can be verified, are available at: [your website / demo URLs]. Contact: [your email].
  5. 5Renseignez vos coordonnées et vos références

    Indiquez un e-mail de contact et l’adresse de vos pages de démos publiques. Elles servent à vérifier que la voix est bien la vôtre.

    Formulaire de réclamation Fish Audio, flèche vers le bouton « Envoyer la demande »
    Étape 5 : le formulaire de réclamation, avec la zone de preuves.
  6. 6Joignez une preuve audio si vous l’avez

    Ce n’est pas strictement obligatoire, mais c’est la pièce la plus convaincante : un extrait de la production d’origine, celle dont la voix a nourri le clone. Et elle est souvent facile à retrouver. Le texte affiché sur la fiche du modèle, l’échantillon par défaut, s’inspire largement d’une production publique : une démo, une pub, un documentaire. Dans mon cas, je reconnaissais des extraits posés sur mon propre site.

    Et même sans cet audio, la plateforme a tout ce qu’il faut pour trancher. Comparer une empreinte vocale d’origine avec un modèle cloné, vérifier que les courbes se superposent, c’est leur cœur de métier. Une voix volée laisse une signature, et ils savent parfaitement la lire. C’est pour ça qu’ils ignorent les demandes floues du type « ça ressemble à ma voix », mais agissent vite face à un dossier documenté qu’ils peuvent vérifier en interne.

  7. 7Envoyez

    Un accusé de réception arrive aussitôt, avec un numéro de dossier. Pour moi, les modèles sont tombés le jour même.

Fish Audio retire une voix clonée sur demande mais refuse de scanner la plateforme pour les autres clones
1er juin : ils retirent le clone signalé, mais refusent de chercher les autres.

Savourez l’asymétrie. Pour cloner ma voix, personne n’a eu à prouver quoi que ce soit. Pour la faire retirer, c’est à moi de fournir les liens exacts, les preuves, et de repasser tout le catalogue au peigne fin, clone par clone. Eux ne cherchent rien, ils retirent ce qu’on leur pointe, et rien d’autre. Le voleur entre sans clé, la victime doit montrer ses papiers.

À ce stade, on se croit tiré d’affaire. C’est là que mon histoire bascule.

Le retrait a marché. C’est après que tout a déraillé

Voici la partie que personne ne raconte, et qui change tout.

Une fois les fiches retirées, j’ai voulu être sûre. Pas juste rendre les modèles introuvables, mais obtenir leur effacement réel. J’ai donc exigé la suppression complète.

La réponse est tombée, noir sur blanc : chaque modèle était « complètement et définitivement désactivé », l’accès « révoqué pour tous les comptes » y compris ceux qui l’avaient mis en favori, le système « entièrement non fonctionnel », plus personne ne pouvait s’en servir.

Fish Audio affirme par écrit la désactivation totale du modèle de voix
2 juin : ils jurent par écrit que tout est « complètement et définitivement désactivé ».

Le jour même, j’ai testé depuis mon propre compte. Ma voix et celle de ma fille généraient encore de l’audio neuf, sans la moindre gêne, depuis mes favoris. La déclaration écrite était fausse. J’ai tout documenté : les fichiers audio datés, les captures horodatées.

Mise devant le constat, la plateforme a fini par parler d’un « bug technique de synchronisation » qui avait laissé les liens favoris contourner la désactivation. Ils annoncent un correctif, et cette fois l’accès est bien coupé.

Fish Audio reconnaît un bug de synchronisation contournant la désactivation
3 juin : finalement, un « bug de synchronisation ». Et un merci pour le signalement.

Le plus beau, c’est la fin de leur message : ils me remercient. Grâce à mon signalement, ils ont découvert un bug chez eux. J’aurai donc passé mes soirées à prouver que ma voix tournait toujours, pour finir service après-vente bénévole de la plateforme qui l’héberge.

Lisez bien la séquence. On vous affirme par écrit que tout est mort. Vous prouvez le contraire en quelques minutes. On vous répond que c’était un bug. La leçon tient en une phrase : leur parole ne vaut rien tant qu’elle n’est pas vérifiée, et couper l’accès n’est toujours pas effacer.

Retrait, désactivation, effacement, trois choses différentes

C’est la nuance la plus importante de tout l’article, alors je la pose clairement.

  1. Le retrait supprime la fiche publique. On ne tombe plus dessus, on ne peut plus la rappeler en ligne. La vitrine est baissée.

  2. La désactivation coupe l’accès au modèle. Mieux, mais le modèle, lui, dort toujours sur leurs serveurs. Un bug, une restauration, un transfert, et il repart. C’est exactement ce qui m’est arrivé.

  3. L’effacement est la seule chose qui compte vraiment : la suppression définitive du modèle, de l’échantillon source, des données d’entraînement et de toutes les sauvegardes. C’est ce que le RGPD prévoit noir sur blanc, et c’est ce qu’il faut exiger.

J’ai reçu depuis une réponse partielle. Le 26 juillet, Fish Audio a confirmé le retrait opérationnel des trois modèles signalés, mais pas leur effacement complet : une copie séparée, à accès restreint, reste conservée pour des raisons juridiques. La chronologie complète est mise à jour plus bas.

Comment exiger l’effacement, le mail à envoyer

Le retrait passe par le formulaire de la plateforme. L’effacement, lui, passe par leur service juridique. L’adresse existe, la voici : legal@fish.audio.

C’est le mail que la plupart des gens oublient, et c’est celui qui change tout. Une fois la fiche retirée, écrivez-leur en exigeant l’effacement au titre de l’article 17 du RGPD. Voici un modèle, à adapter, en anglais comme leur service :

E-mail au service juridique de Fish Audio, en anglais
Dear Fish Audio Legal Team,
I am [your name], a professional voice actor based in the EU. My voice is personal data concerning me, including biometric data under Article 9 of the GDPR.
A voice model reproducing my voice was created on your platform without my consent (case reference: [your case number]). The public page has been removed, but removing or deactivating a model is not erasing it. As long as the model and its associated data remain stored on your systems, a bug, a restore or a transfer can make it operational again.
Under Article 17 of the GDPR, I formally require:
1. The actual, complete and irreversible erasure of the voice model and of all associated data, including vector embeddings, training data, derived files and all backups.
2. The revocation of any remaining access for every account that had saved, favorited or used this model.
3. Written confirmation of the effective erasure, distinct from a statement of deactivation, specifying the method, the date, and the systems and backups covered, attesting that no copy or backup remains and that the model cannot be restored, signed by a named person.
Please also provide the contact details of your EU representative under Article 27 of the GDPR.
Failing written confirmation within a reasonable deadline, I reserve the right to lodge a complaint with the relevant data protection authority.
Sincerely,
[your name]

Trois exigences à ne jamais lâcher : l’effacement réel et irréversible, la révocation des accès résiduels, et une confirmation écrite datée et signée, distincte d’une simple « désactivation ». Sans cette confirmation, vous n’avez rien obtenu de définitif.

Pourquoi je n’ai pas porté plainte

Ce n’est pas de la résignation. J’ai consulté, et l’avocat qui défend l’action collective des comédiens de doublage français contre ces plateformes était prêt à me représenter. J’ai choisi de ne pas y aller, en toute connaissance de cause.

Mon préjudice direct se compte en quelques dizaines d’utilisations, là où un procès en propriété intellectuelle contre une entreprise internationale se chiffre en milliers d’euros et en années de procédure. Comme j’ai toujours exercé en indépendante, sans cachets d’artiste, je n’ai pas accès aux financements collectifs qui amortiraient ces frais. À l’échelle d’une seule personne, le calcul ne tient pas.

Surtout, et c’est le vrai sujet, un procès ne réglerait pas le nerf de la guerre : l’effacement. Ce que je veux, c’est que mes données disparaissent pour de bon, et le levier le plus rapide pour ça, c’est le droit à l’effacement et la pression collective, pas une procédure individuelle interminable.

La voie judiciaire garde tout son sens dans deux cas : un préjudice massif et démontrable, ou une action collective bien structurée qui mutualise les frais. C’est exactement ce que portent l’équipe de Me Elkaim et des organisations du métier, et leur combat ne fait que commencer. Si vous êtes concerné et que le préjudice est lourd, c’est par là qu’il faut passer.

Voix clonée : ce que vous pouvez faire maintenant

Si vous vivez de votre voix, allez vérifier, et pas seulement en tapant votre nom. Beaucoup de clones n’en portent aucun, ou se planquent sous un pseudo. J’ai retrouvé des collègues dont la voix tournait sans la moindre mention de leur identité, et mon propre clone le plus utilisé n’avait pas mon nom non plus. Fouillez, écoutez les voix françaises de votre registre, traquez vos intonations.

Ne vous fiez pas à la qualité. Ces clones sont souvent grossiers, on ne s’y reconnaît même pas vraiment, mais ils ressemblent assez pour tromper une oreille pressée et faire du mal. Si vous tombez sur la vôtre, vous savez désormais comment réagir : la procédure de cet article fait tomber une fiche en moins d’une journée, et le mail à legal@fish.audio enclenche la suite.

Documentez tout, même si vous n’attaquez pas : captures, dates, audios. Et testez vous-même après chaque réponse de la plateforme, plutôt que de croire sur parole. Mon dossier le plus solide, c’est la preuve que leur déclaration d’effacement était fausse. Un dossier prêt, c’est une force le jour où vous en aurez besoin. Et si vous reconnaissez la voix d’un collègue, prévenez-le. Le bouche-à-oreille entre nous reste notre meilleure alarme.

Mais le vrai sujet est plus large, et il me révolte. Aujourd’hui, faute de loi vraiment appliquée, notre seule alarme c’est nous-mêmes : à nous de fouiller les catalogues, de reconnaître la voix les uns des autres, de nous prévenir entre confrères. On se débrouille seuls pour défendre un travail qu’on nous vole, pendant que la loi traîne. En France, les comédiens de doublage ont leurs syndicats, leur action collective, leurs avocats. Nous, les indépendants de la voix off, nous ne sommes représentés par personne. Tant qu’on restera isolés, on signalera nos clones un par un pendant que les plateformes en fabriqueront mille.

Se regrouper autour d’une association de voix off ? C’est un métier à temps plein. Et moi, je suis comédienne voix off.

Mise à jour, 19 juin 2026

Au 19 juin, ma bataille continuait. Le 7 juin, j’avais mis le service juridique de Fish Audio en demeure de me confirmer par écrit l’effacement réel de ma voix, dans un délai déjà dépassé. Je n’avais toujours rien reçu : aucune confirmation, aucune lettre. Tant que je ne l’avais pas, je considérais que ma voix dormait encore sur leurs serveurs.

Au-delà de mon cas, les lignes bougent, des deux côtés de l’Atlantique. Le 18 juin, la commission judiciaire du Sénat américain a voté à l’unanimité pour faire avancer le NO FAKES Act, un texte soutenu par les deux partis qui créerait un vrai droit sur sa voix et son image, avec à la clé le retrait des contenus IA produits sans accord. Il est porté par la NAVA et une large coalition de comédiens, de créateurs et d’entreprises, après plus de cent rendez-vous au Congrès. En France, la proposition de loi que je cite plus haut pousse dans le même sens.

Rien n’est encore voté, rien n’est encore appliqué. Mais ces avancées disent une chose simple, le combat paie quand on est nombreux à le mener. Raison de plus pour continuer à fouiller, à signaler, à se prévenir entre confrères. Et pour nous, les voix françaises, raison de plus pour cesser d’être seuls.

Mise à jour, 4 août 2026 : trois modèles retirés, deux autres découverts

Le 26 juillet, Fish Audio m’a enfin répondu par écrit. La plateforme confirme avoir retiré de ses systèmes de production les trois modèles que j’avais signalés (deux reproduisant ma voix et un celle de ma fille Florine), ainsi que leurs fichiers audio d’entraînement. Selon Fish Audio, ils ne peuvent plus servir à générer de nouveaux audios.

Ce n’est pas un effacement complet. Fish Audio déclare conserver une copie séparée, à accès restreint, pour des raisons juridiques. La plateforme refuse aussi de communiquer l’identité des utilisateurs à l’origine des modèles. Elle annonce les avoir ajoutés à un système de blocage par empreinte vocale, sans apporter de preuve sur sa portée ni sur son efficacité.

Aujourd’hui, 4 août, j’ai découvert deux modèles supplémentaires utilisant ma voix sur Fish Audio. Je ne sais pas encore quand ils ont été créés ni s’ils étaient déjà présents avant l’annonce du blocage. Mais le constat ne change pas : c’est toujours à moi de fouiller la plateforme pour retrouver ma propre voix, modèle après modèle.

Mise à jour, 9 octobre 2026 : ce qui a bougé depuis l’été

Ce point rassemble ce qui est public et vérifiable au 9 octobre 2026, avec ses sources. Sur mon dossier, la dernière étape publiée ici reste celle du 4 août.

Chez Fish Audio

Son guide de retrait, mis à jour le 12 juillet 2026, décrit la même entrée que mon étape 1 : le menu en trois points, « Report Model », puis le type « Copyright Complaint », « Réclamation pour droits d’auteur » dans l’interface française. Il exige désormais une pièce d’identité officielle avec photo et rappelle qu’un simple lien accompagné d’un « ça ressemble à ma voix » ne suffit pas.

Sa page de clonage annonce qu’« il suffit de dix secondes » de voix propre pour un clone instantané, et laisse à l’utilisateur la charge de vérifier qu’il en a les droits. Seul le clonage professionnel, lancé le 15 juin 2026, exige que la personne dont c’est la voix lise un texte en direct pour le prouver. Aucune page publique ne décrit, au 9 octobre, le blocage par empreinte vocale annoncé dans la réponse du 26 juillet.

En France

La proposition de loi qui renverse la charge de la preuve, adoptée à l’unanimité par le Sénat le 8 avril 2026, a été adoptée sans modification par la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale le 2 juin. Inscrite à la journée réservée du groupe GDR le 11 juin, elle n’y a pas été votée (AFP, 3 juillet 2026). Au 9 octobre, le dossier du Sénat la donne toujours en cours à l’Assemblée nationale.

En Europe

Depuis le 2 août 2026, le règlement européen sur l’intelligence artificielle (article 50) oblige les utilisateurs professionnels qui diffusent un hypertrucage audio, une voix générée ou modifiée par IA qui ressemble à une personne réelle et pourrait passer pour authentique, à signaler qu’elle a été générée par IA. Le marquage technique des contenus générés, à la charge des fournisseurs, a un délai jusqu’au 2 décembre 2026 pour les systèmes déjà sur le marché (règlement 2026/1744 du 8 juillet 2026).

Aux États-Unis

Après le vote unanime de la commission judiciaire du Sénat le 18 juin, soutenu notamment par la NAVA, le NO FAKES Act n’est toujours pas adopté : le 30 septembre 2026, la sénatrice Marsha Blackburn a demandé son adoption par consentement unanime, et le sénateur Ted Cruz s’y est opposé.

Aucun de ces textes ne change la marche à suivre décrite plus haut : signaler la fiche, puis exiger l’effacement par écrit.

Questions fréquentes

Comment savoir si ma voix a été clonée par une IA ?

Allez écouter sur les plateformes de clonage vocal grand public : Fish Audio, ElevenLabs, PlayHT et d’autres. Cherchez votre nom, mais surtout fouillez et écoutez, car beaucoup de clones sont anonymes ou sous pseudo. Une voix française qui reprend vos intonations, c’est déjà un signal.

Comment faire retirer une voix clonée sur Fish Audio ?

Sur la fiche du modèle, ouvrez le menu en trois points, choisissez « Modèle de rapport », puis le type « Réclamation pour droits d’auteur ». Rédigez un descriptif ferme en anglais et joignez un extrait de votre production d’origine. Le retrait tombe en général sous 24 à 48 heures. Au 9 octobre 2026, son guide officiel demande aussi une pièce d’identité avec photo.

Le retrait de la fiche efface-t-il vraiment ma voix ?

Non. Le retrait supprime la fiche, et même une « désactivation » annoncée ne garantit rien : dans mon cas, la plateforme a déclaré par écrit que tout était désactivé alors que je générais encore de l’audio neuf le même jour. Pour une suppression réelle, il faut exiger l’effacement prévu par l’article 17 du RGPD, par écrit, auprès de leur service juridique (legal@fish.audio).

Quelle différence entre désactivation et effacement ?

La désactivation coupe l’accès, mais le modèle reste stocké sur les serveurs et peut redevenir actif après un bug ou une restauration. L’effacement supprime définitivement le modèle, l’échantillon source, les données d’entraînement et les sauvegardes. Seul l’effacement met fin au risque.

Le clonage de ma voix sans mon accord est-il illégal en France ?

Oui. Diffuser un faux audio généré par IA qui reproduit votre voix sans consentement est un délit, jusqu’à deux ans de prison et 45 000 euros lorsque c’est mis en ligne (article 226-8 du Code pénal). Votre voix est aussi protégée par les droits voisins et par le RGPD.

Faut-il un avocat pour faire retirer sa voix ?

Non. La procédure de signalement et la demande d’effacement RGPD sont gratuites et se font sans avocat. L’option judiciaire ne devient pertinente que pour un préjudice lourd, et de préférence via une action collective qui mutualise les frais.

Combien de temps prend le retrait ?

Une fois le dossier déposé proprement, avec le bon type de demande et une preuve audio, comptez de quelques heures à 48 heures. Un simple e-mail au support, lui, peut rester sans réponse. L’effacement complet, en revanche, peut demander plusieurs relances.

Comment une voix off se retrouve-t-elle clonée sans autorisation ?

Les clones se fabriquent en aspirant les voix en libre accès, sur les sites et les démos publiques. Un seul échantillon propre suffit à entraîner un modèle. Quelques mois avant de découvrir le mien, mon site avait encaissé près de 18 000 chargements en une journée, l’empreinte d’un robot qui aspire tout sur son passage. Fish Audio annonce dix secondes de voix pour un clone instantané.

Comment protéger sa voix contre le clonage par IA ?

Aucune méthode ne bloque l’aspiration à 100 %, mais on réduit le risque : un watermark audio sur les fichiers, une empreinte sonore des originaux, des métadonnées qui tracent la paternité. La marche à suivre est détaillée dans mon article sur l’inviolabilité et la traçabilité des fichiers audio. Surveiller régulièrement les plateformes de clonage reste le réflexe le plus efficace.

Un clone de voix par IA est-il fidèle à l’original ?

Pas toujours, et c’est le piège. Beaucoup de clones sont grossiers, on ne s’y reconnaît pas vraiment. Ils ressemblent pourtant assez pour tromper une oreille pressée. Une qualité approximative n’est jamais une raison de laisser un clone en ligne.

Peut-on utiliser une voix off IA ou clonée pour une publicité sans risque ?

Employer une voix générée à partir d’une personne réelle sans son accord expose à de vrais risques. La voix d’un comédien est une interprétation protégée, et diffuser un faux audio IA reproduisant une voix sans consentement est un délit (article 226-8 du Code pénal). Une voix humaine commandée avec des droits écrits protège la marque autant que l’interprète. Dans l’Union européenne, depuis le 2 août 2026, un hypertrucage audio diffusé par un professionnel doit être signalé comme généré par IA (règlement sur l’IA, article 50).

Sources et liens utiles

Cadre légal

  • Article 226-8 du Code pénal (loi SREN du 21 mai 2024) : Légifrance
  • Droits voisins de l’artiste-interprète, article L.335-4 du Code de la propriété intellectuelle : Légifrance
  • Droit à l’effacement (RGPD, article 17), CNIL : CNIL
  • Digital Services Act, article 16 (notification et retrait par l’hébergeur) : EUR-Lex
  • Proposition de loi renversant la charge de la preuve, adoptée au Sénat le 8 avril 2026 : franceinfo

Agir

  • Conditions et politique DMCA de Fish Audio : fish.audio
  • Service juridique Fish Audio pour l’effacement RGPD : legal@fish.audio
  • Saisir la CNIL : cnil.fr/plaintes
  • Signaler une voix clonée à la NAVA (association américaine des comédiens voix off) : navavoices.org
  • Cabinet de l’action collective des doubleurs (Me Jonathan Elkaim, Hiro Avocats) : hiro-avocats.com

Le combat collectif

Pour comprendre l’affaire des doubleurs

Mise à jour du 9 octobre 2026

Estelle Hubert, comédienne voix off, portrait de face

Je suis comédienne voix off française et entrepreneuse indépendante. Depuis plus de vingt ans, je travaille directement avec agences, studios et entreprises, du brief à la livraison, en apportant un regard d’interprète à chaque texte depuis mes deux studios d’enregistrement.

8 nominations internationales, dont 4 victoires aux One Voice Awards

Mon parcours

Estelle Hubert, comédienne voix off, au micro Neumann avec son casque Beyerdynamic DT 770 Pro, en lumière rose

Parlons de votre projet

Vous avez le texte. Il reste à l’entendre.

Depuis mon studio d’enregistrement, aux côtés de vos projets.